Identité de la Compagnie

Christel Larrouy, comédienne et autrice.

Être autrice aujourd’hui en 2018, et j’insiste sur le mot autrice, même si, lorsque que je l’emploie il y a toujours quelqu’un, homme ou femme, pour me dire que ce mot n’est pas beau. Et d’expliquer, à chaque fois, qu’un mot n’a pas à être beau ou pas, que c’est une question d’habitude, qu’on dit bien actrice, alors pourquoi pas autrice, et que de toutes façons ce mot existait déjà mais il a été subtilisé par ces messieurs de l’Académie à une époque où… bref, je m’égare…

J’essaye donc d’être autrice, aujourd’hui en 2018, c’est à dire, vous l’avez compris, d’être une femme qui écrit, alors que les chiffres de la SACD montrent bien que nous sommes à peine 20 %.

Mais si les chiffres de l’égalité entre les hommes et les femmes dans la culture ont de quoi inquiéter, et je vous conseille de les consulter si la question vous intéresse, le public en revanche a toujours été présent. Et j’en profite pour vous remercier, tous et toutes pour vos si belles marques d’intérêt.

J’ai répondu à de belles commandes, un texte autour de Galilée, puis un autre sur la vie de Marie Curie, mis en scène par Yohan Bret et représenté un peu partout en France.

Des écrits plus intimes, comme Dans la boue et les feuilles mortes, Le cri de l’escargot ont eu, eux aussi, une belle existence mais font partie du passé.

Aujourd’hui il y a de nouveaux textes, certains sont déjà sur les routes, tels que Nu sous terre ou la dernière lune F.G Lorca, d’autres sont encore sans nom et attendent d’être présentés à des comités de lecture, des metteurs en scène ou, moins probable, des metteuses en scène. Et comme ces textes sont encore invisibles, en voici quelques extraits…

Extraits de Tueries (titre provisoire)

Il me semble entendre la foule hurlante et désordonnée du monde
il me semble que c’est aujourd’hui cette nuit
la nuit de tous les épuisements
je suis au sommet des immeubles ma peau se lézarde craque et s’effrite on peut voir à l’intérieur toutes les marques de tous les impacts tous les chaos tous les coups de feux les suppliciés les condamnés

/…/

brûlez tout
courrez courrez
éteignez les écrans
sonnez le ralliement des perdus
courrez jusqu’à la prochaine station
oubliez que vous ne savez plus rien
éteignez les machines
n’ayez plus peur
ouvrez la bouche et criez plus fort
plus fort que les grands débats
les grandes affaires des grands de ce monde

/…/

Un chemin fatigué recouvert de toutes nos cendres Poussière sous les pas Poussière sur les visages Poussière dans les cheveux Poussière de nous tous emportée comme les graines du printemps Ailleurs
Ailleurs sera peut-être marqué de ces infimes restes Le monde nouveau en sera recouvert pour seule mémoire de ce qui fut vivant
Et la pluie en imbibera la terre pour recommencer De ce qui aura brûlé tout renaîtra De nos morts tout renaîtra De nos baraques tout renaîtra De nos champs tout renaîtra